Le choc Vénézuela : quelles incidences ?
L’intervention américaine au Venezuela marque un retour assumé à une politique interventionniste en Amérique latine, avec un objectif explicite de changement de régime.
L’intervention américaine au Venezuela marque un retour assumé à une politique interventionniste en Amérique latine, avec un objectif explicite de changement de régime.
Le retour spectaculaire de l’interventionnisme américain en Amérique latine
La forte baisse du prix du baril de pétrole au cours des derniers mois a offert à l’administration Trump une occasion de durcir le ton à l’encontre du Venezuela, de l’Iran, voire de la Russie en cas d’échec de la diplomatie sur la guerre d’Ukraine.
L’intervention du 3 janvier, marquée par la capture de Maduro, est très spectaculaire. L’un des rares précédents comparables reste la capture du général Noriega au Panama en 1989.

Une rupture stratégique dans la doctrine trumpiste
Sur le fond, alors que le narratif trumpiste excluait l’interventionnisme extérieur — au nom du refus des guerres longues et des opérations de « nation building » — durant son premier mandat et le début de son second, cette action marque une inflexion nette.
Il y avait déjà eu l’intervention de juin en Iran, mais celle-ci relevait davantage d’une coercition ponctuelle et ciblée que d’une stratégie d’occupation ou de changement de régime. Le cas vénézuélien est d’une tout autre nature.
Changement de régime et résurgence de la doctrine Monroe
Ici, le changement de régime constitue un objectif explicite de Donald Trump, les États-Unis assurant la transition vers un nouveau pouvoir, comme confirmé lors de la conférence de presse présidentielle.
Il s’agit d’un retour assumé à la doctrine Monroe, dans l’interprétation qu’en faisait Theodore Roosevelt à la fin du XIXᵉ siècle : l’Amérique latine demeure un « domaine réservé » de la politique étrangère américaine.
Un message adressé aux adversaires régionaux et globaux des États-Unis
Sur la forme, cette intervention constitue un avertissement clair adressé aux autres pays latino-américains hostiles aux États-Unis — Colombie, Cuba, Nicaragua — mais probablement aussi au-delà.
L’Iran apparaît comme une cible indirecte évidente, au regard des déclarations récentes de Trump, de la contestation interne croissante du régime des mollahs et des interrogations persistantes sur l’état réel des capacités nucléaires iraniennes après les bombardements de juin dernier.

Les objectifs réels de l’opération américaine au Venezuela
Officiellement, l’opération vise à lutter contre les narcotrafics, même s’il est difficile, à ce stade, de mesurer précisément la responsabilité personnelle de Maduro.
Mais les motivations réelles sont multiples : permettre le retour des entreprises américaines dans le secteur pétrolier vénézuélien — le pays disposant de près de 20 % des réserves mondiales prouvées —, limiter l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Amérique latine, et offrir à Trump une victoire géopolitique « facile » après une série d’échecs électoraux domestiques, malgré une base MAGA toujours très « America First ».
Il s’agit enfin d’envoyer un message au reste du monde.
Le Venezuela face au risque de transition chaotique
Pour ce qui est du Venezuela, et en excluant l’hypothèse d’une guerre civile ouverte ou d’un chaos généralisé à court terme, la situation économique ne peut que potentiellement s’améliorer.
Néanmoins, le risque de violences, de règlements de comptes ou de captation du pouvoir par des groupes criminels dans un contexte de vide politique ne peut être écarté. La capacité d’un gouvernement de transition à stabiliser le pays reste une inconnue majeure, tout comme l’attitude de l’institution militaire, des groupes armés et, plus largement, la capacité du régime chaviste à survivre — même partiellement — à la disparition de Maduro.
L’héritage économique et politique du chavisme
Il ne faut pas oublier que la situation actuelle est avant tout le résultat de près de trente ans de gouvernance socialiste, corrompue et mafieuse.
La présidence de Hugo Chávez (1999–2013) a pu donner l’illusion d’un succès, portée par la hausse spectaculaire du prix du baril dans les années 2000. Mais la gouvernance de Nicolás Maduro, depuis 2013, s’est traduite par l’un des plus grands désastres économiques de l’histoire contemporaine en temps de paix : dépression profonde, hyperinflation, pénuries généralisées, pauvreté massive et exode de près de huit millions de personnes.

Pétrole et marchés financiers : quels impacts à court et moyen terme ?
À court terme, l’impact sur les prix du pétrole devrait rester modéré. D’une part, il n’est pas certain que la production vénézuélienne soit immédiatement affectée par la situation politique.
Si tel était le cas, les précédents historiques — notamment la grève de PDVSA en 2002–2003 — suggèrent qu’une chute temporaire pouvant atteindre 50 % n’est pas exclue, en raison de perturbations opérationnelles et de la désorganisation de la main-d’œuvre.
Dans le pire des scénarios, l’impact haussier sur les prix pourrait être limité à 5–10 % dans le court terme, soit environ 3 à 7 dollars par baril. Un contexte chaotique serait également favorable à l’or, au dollar, aux valeurs défensives et aux valeurs de défense.
À moyen terme, en revanche, le potentiel est clairement baissier. La production vénézuélienne, qui atteignait 3,5 millions de barils par jour en 2008, est aujourd’hui tombée sous le million en raison de l’effondrement de l’appareil productif, de la corruption et des sanctions américaines.
Dans l’hypothèse d’un retour graduel vers les niveaux du début des années 2000, l’effet sur le prix du baril pourrait être une baisse de 10 à 20 %, soit environ 5 à 10 dollars par baril, toutes choses égales par ailleurs.


