Après le krach des métaux précieux, quelles conclusions en tirer ?
Après la forte chute de l’or et surtout de l’argent, la correction s’explique surtout par des facteurs techniques. L’or reste à privilégier, l’argent paraît plus risqué.
Que s’est-il passé lors de ce sell-off particulièrement violent du 30 janvier avec une baisse de près de 30% sur l’argent et de 10% sur l’or (cf. graphique ci-dessous) ?
Ce sont en effet des mouvements exceptionnels, alors même que les actions et instruments de taux évoluaient peu de leur côté.
La nomination de K. Warsh à la tête de la Fed et la hausse du dollar qui en a résulté peuvent justifier le déclenchement d’un recul des métaux précieux. Le fait est que cette nomination a abouti à un léger recul de la perception du risque sur l’exceptionnalisme américain et une hausse modérée du dollar (1% environ en change effectif).
Mais cela est loin d’être suffisant pour expliquer la brutalité des mouvements. En effet, la sensibilité moyenne de l’or par rapport au dollar est d’un peu moins de 1.
Quant aux autres variables déterminantes exogènes (incertitude politique, VIX, taux réels, inflation anticipée, cf. graphique ci-dessous), elles n’ont pas joué de réel rôle dans cette correction.
En fait, la pression à la vente a été accentuée par un faisceau de facteurs : à la fois le momentum extrêmement puissant en faveur des métaux précieux en janvier, mais aussi sans doute un levier élevé (recours aux futurs ou aux trackers endettés), ce qui est classique pour les matières premières, ainsi que des achats d’options, sans oublier l’augmentation progressive des exigences de marge du CME (organisme de régulation des matières premières basé à chicago qui contrôle les appels de marge sur les opérateurs agissants sur cette classe d’actif)
Que faut-il penser de la suite ?
Commençons par l’or. Rappelons encore une fois que fondamentalement, l’or ne délivre pas de dividende, ni de coupon et qu’on ne peut pas ainsi l’évaluer de la même manière que les autres actifs (actions, obligations, immobilier…) c’est-à-dire comme une somme de flux financiers actualisés. Il faut donc comparer l’or à des agrégats macroéconomiques ou macro financiers.
Lorsque l’on compare l’or aux autres matières premières, on constate que le ratio se situe dans sa borne haute observée depuis 40 ans.
Mais si l’on compare l’évolution du S&P 500 sur le long terme vs l’or, on constate que le prix de l’or semble élevé en relatif sans que cela ne soit démesuré (cf. graphique ci-dessous).
Par rapport à certains de ses déterminants traditionnels, le risque de baisse est aussi limité dans la mesure où cela nécessiterait un rebond des taux et/ou une hausse du dollar, ce qui semble assez peu probable. En effet, il faudrait pour cela un choc monétaire intense.
Actuellement, l’intérêt de l’or réside plutôt dans son aspect diversifiant dans un monde d’incertitude politique élevée. Nous pensons toujours que l’or est la principale classe d’actifs bénéficiaire de l’économie de conflictualité dans laquelle nous vivons et dans laquelle nous allons continuer de vivre au-delà même du risque géopolitique.
A cet égard, il reste encore un potentiel de développement de la part de l’or dans les réserves mondiales, puisque nous sommes encore loin des niveaux enregistrés au début des années 90, lors de l’entame de la décennie des « dividendes de la paix » (cf. graphique ci-dessous).
Il faut donc probablement continuer de surpondérer l’or.
Quant au prix de l’argent, il avait très largement rattrapé l’or ces dernières semaines (avant la semaine dernière) par rapport aux fondamentaux cycliques (cf. graphique ci-dessous).
Les flux sur l’argent ont été puissants ces derniers mois avec un excès de demande par rapport aux valorisations en Chine et une hausse notable des encours sur les trackers américains.
D’une manière générale, n’oublions pas que sur 50 ans, l’argent a connu des performances raisonnables mais inférieures à l’or. Et signalons aussi une nouvelle fois qu’il est environ 2 fois plus volatil que l’or avec une corrélation un peu plus élevée aux actions. Cela reflète sa dimension cyclique. Il semble donc moins intéressant que l’or en allocation d’actifs.
Au total, la combinaison d’une corrélation plus forte au cycle et le niveau de cours désormais plus élevé vs les fondamentaux aboutissent à un intérêt modéré de l’argent dans le contexte actuel.
Il convient donc de rester plutôt neutre sur l’argent.
En conclusion :
Tant qu’à avoir des métaux précieux il vaut mieux détenir de l’or qui est un actif ultime de consolidation de patrimoine plutôt que de l’argent.
Il vaut mieux détenir l’actif primaire dans un coffre à la banque que de miser sur les sociétés minières qui peuvent amplifier par leurs niveaux d’endettement les hausses comme les baisses (attention à la porte de saloon en cas de retour des marchés). Tout dépend si l’on vise la consolidation ou la spéculation.
Pour ceux qui cherche des actifs qui peuvent permettre de s’installer dans n’importe point du globe s’il fallait partir en urgence la combinaison suivante peut-être efficace :
- De l’or physique
- Des diamants de 1 carat de bonne qualité peu encombrant
- Une clé chargée en crypto
